La Création et le Temps

J’ai bien réfléchi à tout cela.

of_time.jpg

Et aujourd’hui, j’aimerais cesser de faire du drôle à tout prix, et surtout bon marché. Car je n’ai pas créé ce blog uniquement pour y proposer calembours et contrepèteries. Donc, on arrête la rigolade quelques minutes.

En effet, j’aimerais évoquer le combat courageux que mènent ces jeunes (par « jeune », j’entends : bipède occidental d’un âge compris entre 13 et 27 ans et 1/2, et dont le Q.I. plafonne à 90) d’aujourd’hui. Ils ont fait ce choix de vie qui les conduit vers l’insécurité permanente, la recherche insatisfaite de la perfection, et une prodigalité qui effraie leur banquier (ou leur maman). Car ils ont décidé de se joindre définitivement aux fashion (ou, parfois, à des gourous de pacotille qui ne sont que de simples ersatz de fashion). Option qui les pousse à fuir tout ce qui est has-been comme la peste (ou comme une gastro-entérite, pour mettre cette expression au goût du jour).

Cependant, comme saint Augustin l’avait écrit, le présent « s’envole si rapidement du futur vers le passé qu’il est dépourvu de toute extension de durée » (Les Confessions, Livre XI, chapitre XVII, 22). Le docteur d’Hippone tentait de nous faire percevoir la course continuelle et quasi-désespérée des fashion, qui, afin d’être in, doivent saisir la mode, tout juste surgie du néant du futur, avant qu’elle ne sombre dans le néant du passé. A quel niveau du postérieur porter la ceinture du pantalon, présentement ? Doit-t-elle descendre jusqu’à nécessiter l’usage de porte-jarretelles pour maintenir le slim, ou bien va-t-elle brutalement subir un mouvement ascensionnel d’une force égale au carré du chiffre d’affaires réalisé par les professionnels du jean ? Ces dilemmes témoignent de l’incessant questionnement auquel est soumis le fashion. Osons le reconnaître : le fashion est le penseur d’aujourd’hui, celui qui ne craint pas d’affronter quotidiennement l’aporie.

Le has-been n’a pas lu Augustin et il s’en tape, d’ailleurs. Cela se voit. Il ose encore porter une veste trois mois après le changement de cap opéré par les commerçants du tissu.

Plus grave est le cas de celui qui ne mériterait même pas d’être taxé de has-been, mais plutôt de never-been. Quand il déambule avenue Montaigne ou rue Saint-Honoré, il provoque immanquablement scandale et honte chez tous ceux qui n’oublient pas que Paris est la « capitale de la mode ». Il s’est toujours appliqué à repasser son blue-jean en marquant un pli vertical au milieu de chaque jambe. Bretelles ou ceinture n’a jamais été, pour lui, un motif de choix cornélien : les deux associées assureront cette sécurité absolue qui manque aux slim-taille ultra basse qui seront déjà démodés, mon article à peine terminé.

Soutenons les fashion-victims !
Soutenons leur combat !
Soutenons leurs pantalons avant qu’il ne soit trop tard !

… J’aime beaucoup ce que vous faites.

Comments are closed.