Epanchement de subjectivité

J’ai bien réfléchi à tout cela.

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Aussi, aujourd’hui, faisons un peu de troll. Non, ne commencez pas à enfiler votre déguisement de « lutin des légendes scandinaves » (Le Robert) ! Le troll, c’est, selon les geeks wikipédiens, « une personne, ou un groupe de personnes, participant à un espace de discussion (de type forum), qui cherche à détourner insidieusement le sujet d’une discussion pour générer des conflits en incitant à la polémique et en provoquant les autres participants ». Et, par extension : « un message dont le caractère est susceptible de générer des polémiques ou étant excessivement provocateur, sans chercher à être constructif ». Autrement dit, ce que je fais quasi-quotidiennement.

J’aimerais évoquer ces blogs qui, plus sûrement qu’un concentré de pollen transgénique, déclenchent en moi une réaction allergique rapide et incontrôlable. Tombé dessus involontairement – comme on pose le pied sur une de ces traces brunes et glissantes qui souillent nos trottoirs parisiens – au détour d’un clic gauche d’une souris piégée, j’en ressors péniblement, avec les narines incommodées.

Car, des citoyens en haut débit se sont auto-missionnés pour nous faire sortir de notre caverne. Inspirés, visiblement, par un mélange de poncifs éculés, de raisonnements grossiers et d’orgueil satisfait, davantage que par une intelligence nourrie de science et d’humilité, ils viennent nous apporter la bonne nouvelle. Avec leurs gros clichés et leur prose rebutante, ils tentent de nous convertir à leurs vues politiques, philosophiques, religieuses, économiques, etc. Jamais à court d’exemples mal choisis, de démonstrations bancales, de contre-vérités scandaleuses, ces self-made-teachers osent publier des propos que l’on hésite à prendre au premier degré. Car ce désir charitable, qui nous pousse à tenter de sauver la proposition de l’interlocuteur, doit parvenir, cependant, à cette constatation : ce n’est pas fait pour rire. Il n’y a que du sérieux, là-dedans. Pas dans le contenu, la matière, mais dans la pose, dans l’attitude du donneur de leçons qui oublie les résultats médiocres qu’il obtenait au lycée dans ces mêmes disciplines qu’il se targue, désormais, de nous enseigner. Dorénavant, il peut rendre une copie désastreuse sans craindre le zéro pointé.

Faisant fi des siècles de pensée qui nous précèdent, et contrairement aux sages médiévaux qui se voyaient tels « des nains juchés sur des épaules de géants », nos apprentis-intellos s’avancent, sans peur et sans reproche, vers leur tribune internet, n’ayant comme hauteur que celle qu’ils atteignent péniblement sur la pointe des pieds. Leur manque de culture n’a d’égal que leur suffisance et leur conviction de faire faire un grand pas à une humanité qui ne leur en demande pas tant. Ces tribuns bon marché n’ont pas la décence de nous laisser croire que nous sommes adultes. Ils doivent nous dire quoi penser, quoi voter, quoi acheter, quoi faire. Sur leurs blogs qui m’énervent. Quand je tombe dessus. Par hasard.

Je me mets à souhaiter que vous ne me preniez jamais au sérieux : je n’écris pas pour cela.

… J’aime beaucoup ce que vous faites.

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